« Pour les musulmans, ce qui est obligatoire c'est de couvrir le corps entier de la femme, sauf le visage et les mains. » Par conséquent, pour Mohamed Iboudaten, pas besoin de voile intégral, en particulier en France.
Alors qu'il est question de légiférer sur la burqa, le président du conseil régional du culte musulman répond à nos questions.
INTERDIRE la burqa par le biais de la loi ? La réflexion agite le monde politique en ce moment. Mohamed Iboudaten, président du conseil régional du culte musulman, répond à nos questions.
A votre connaissance, la burqa est-elle portée en Champagne-Ardenne, en particulier à Reims ?
« Je ne pense pas ; pour ma part je n'en ai jamais vu : c'est un vêtement très particulier qui reste limité à certains pays, Afghanistan et Pakistan essentiellement. Avant que l'on ne parle des talibans, moi qui suis d'origine marocaine, je n'avais personnellement jamais entendu parler de burqa. En revanche, certaines femmes portent effectivement ici le « voile intégral », qui peut couvrir les yeux, ou non. Mais cela reste très très marginal, je dirais de l'ordre d'1 % de la population musulmane. »
Est-ce une prescription du Coran ?
« Pour les musulmans, ce qui est obligatoire, c'est de couvrir le corps entier de la femme, sauf le visage et les mains ; c'est ce qu'on appelle le « hijab », qui ne doit être ni transparent, ni moulant, c'est tout. Pas besoin d'un vêtement spécial par conséquent. Une femme esquimaude par exemple, n'aura pas à chercher autre chose que ce qu'elle porte habituellement contre le froid. En France, nous déconseillons donc le voile intégral car ce n'est ni obligatoire, ni préférentiel ; chaque société a ses caractéristiques, et celle de la France ne se prête pas à ce genre de vêtements. »
Choix personnel
Que pensez-vous alors d'une possible loi sur l'interdiction de la burqa, ou du voile intégral ?
« Je ne sais pas ce qui arrive à la France pour qu'elle en soit là ! Une commission d'information pour ça ! Nous sommes dans un pays laïc ! Ce n'est pas aux politiciens de dicter au citoyen comment il doit s'habiller ! »
Mais les arguments d'atteinte à la liberté des femmes, de leur soumission à travers la burqa ?
« Je trouve plutôt gênant ce regard porté sur des millions de personnes dans le monde qui sont convaincues de la nécessité de cette façon de s'habiller, ça a l'air de taxer une frange musulmane de privation de liberté et de dignité. »
Car vous pensez que les voiles sont portés librement ?
« Les femmes portent le voile pour deux raisons principales : la majorité, c'est par conviction, principalement conviction religieuse ; c'est un choix personnel ! C'est d'ailleurs pour cette raison que je considère que la loi sur l'interdiction du voile à l'école a fait beaucoup de dégâts : elle a forcé de nombreuses jeunes filles à rester à la maison au lieu d'aller à l'école. Ou bien elles vont à l'école quand même, et alors elles enlèvent leur voile, mais dans ce cas, elles éprouvent de la frustration, ce qui n'est pas bon non plus ! Je sais que ce genre de chose se passe à Reims… C'est une loi injuste, et il faut la changer ! »
Et la deuxième raison au port du voile ?
« La deuxième raison, ça peut être pour faire plaisir au mari. »
Ou au « petit ami » ?
« Non, pas au « petit ami », il n'y a pas de « petit ami » pour les jeunes filles quand on entre dans cette sphère ! »
Antoine
PARDESSUS